L’extrême droite semble s’essouffler avec la défaite de Viktor Orbán en Hongrie le 12 avril et l’échec référendaire du projet de réforme constitutionnelle de Giorgia Meloni en Italie les 22 et 23 mars, tandis qu’aux États-Unis, le mouvement « Make America Great Again » (MAGA) associé à Donald Trump apparaît de plus en plus désuni face à la question iranienne. Pourtant, l’extrême droite semble également progresser dans l’espace médiatique de nombreuses démocraties et face à cette montée des extrêmes, un devoir de résistance s’impose.
La montée de l’extrême droite s’explique en partie par la banalisation des idées radicales qu’on a observée au cours des dernières années. Des discours qu’on entend aujourd’hui auraient été inimaginables il y a à peine quelques années.
Pour certains, il faut s’en réjouir puisque ce serait la fin d’une certaine hypocrisie due au politiquement correct et qu’une liberté d’expression retrouvée permet de tenir un discours décomplexé en disant tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Pour d’autres, il s’agit plutôt d’idées d’extrême droite qui ont envahi la sphère médiatique puis politique, permettant une décomplexion du racisme et du sexisme, et dont il faudrait s’inquiéter.
Il est indéniable que l’extrême droite et ses idées progressent à travers le monde. Il est aussi indéniable, et sans doute relié, que la résistance à l’extrême droite ne cesse de s’affaisser.
Face à cette montée déprimante et inquiétante de l’extrême droite, des appels à la résistance se font entendre. Parmi eux, Résister (Payot, 2025) de Salomé Saqué, qui encourage une organisation à grande échelle de la résistance intellectuelle et citoyenne.
Il faut rappeler que même si la majeure partie des partis qu’on qualifie d’extrêmes droites cherchent à atteindre le pouvoir non pas par les armes, mais par les voies démocratiques, ils représentent tout de même un danger pour la démocratie et l’État de droit, en particulier pour les droits des minorités. C’est pourquoi il est important de résister à la banalisation des partis d’extrême droite et de leurs idées, et de les présenter comme des partis comme les autres au nom de la neutralité.
Il faut résister parce que l’extrême droite ne surgit presque jamais de façon brutale, mais s’installe à mesure que ses idées cessent de scandaliser et entrent dans le langage courant. Ce phénomène correspond à la fenêtre d’Overton, c’est-à-dire au déplacement progressif de ce qui devient acceptable dans le débat public.
Il faut appeler un chat un chat. Le refus de nommer l’extrême droite, sous prétexte que l’extrême droite est un concept flou et cherche plus à décrédibiliser qu’à décrire, contribue à sa normalisation et à sa banalisation.
Cette normalisation des discours d’extrême droite passe aussi beaucoup par les réseaux sociaux, qui ont permis, comme le veut la formule populaire, de dire tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas ou, plus justement, de décomplexer un discours d’extrême droite. Les médias comme les leaders d’opinion, les politiciens comme les citoyens, ont un devoir de vigilance face à ces dérives, car préserver un espace démocratique fondé sur l’égalité des droits exige d’en prendre la mesure avant qu’elles ne s’imposent durablement.
Partout où l’extrême droite est ou a été au pouvoir, par exemple en Hongrie, en Pologne ou en Italie, on a assisté à un affaiblissement des contre-pouvoirs, notamment sous la forme d’attaques à l’indépendance de la justice et de la presse. Ainsi, les discours contre le « gouvernement des juges » ou les « fake news media » devraient au minimum susciter de la vigilance.
Résister pour les médias, c’est notamment ne pas donner la parole à l’extrême droite au nom du pluralisme et de l’objectivité. Ce n’est pas ignorer l’extrême droite, comme si elle n’existait pas, mais plutôt que, plutôt que de lui donner la parole, il faut souhaiter que les médias mènent l’enquête sur elle et encadrent sa parole.
Résister pour les citoyens, c’est accepter de débattre et de ne pas se montrer indifférent face aux discours racistes, sexistes, homophobes ou transphobes. C’est accepter de se faire dire, de se faire associer à la prétendue censure du « politiquement correct ».
Résister, c’est dénoncer les discours, provenant d’individus, de personnalités médiatiques ou politiques, qui, sans nécessairement être d’extrême droite, vont tenir, de façon volontaire ou non, des discours qui empruntent à la rhétorique d’extrême droite. Enfin, comme on l’a vue récemment en Hongrie et en Italie, résister, c’est aussi voter.
Article publié dans L’Acadie Nouvelle du 25 avril 2026: https://www.acadienouvelle.com/chroniques/2026/04/24/le-devoir-de-resistance/


