Lors de la Convention nationale démocrate de 2024, le 20 août dernier à Chicago, l'ancien président américain Barack Obama n'a pas pu s'empêcher de taquiner gentiment Tim Walz, le candidat démocrate à la vice-présidence, à propos de son look. Ce qui pourrait sembler anodin pour certains révèle en réalité l'importance cruciale de l'apparence en politique.
Barack Obama a d'abord eu des mots élogieux pour Tim Walz, affirmant qu'il adorait cet homme, qu'il était exactement le genre de personne qui devrait faire de la politique. Il a souligné que Tim Walz est né dans une petite ville, qu'il a servi son pays, qu'il a enseigné à des enfants, qu'il a entraîné des équipes de football, et qu'il a pris soin de ses voisins.
Puis, avec un sourire, Barack Obama a ajouté cette phrase qui a fait rire les dizaines de milliers de personnes présentes: « C'est évident que les chemises en flanelle qu'il porte ne proviennent pas d'un conseiller politique, mais bien de sa garde-robe ». Loin d'être innocente, cette phrase accentue un élément important du marketing politique de Tim Walz.
En politique américaine, un des rôles du candidat à la vice-présidence est de transmettre un message à différents segments de l'électorat. Parmi les multiples images qui vont circuler du candidat à la vice-présidence, une attention particulière va être portée à ses vêtements pour envoyer le bon message aux bons segments de la population.
Le look en politique ne se limite pas à une question de style, mais devient un véritable outil de communication parce qu'il façonne la perception du public. Je me suis d'ailleurs intéressé à cette question dans mon essai Je vote moi non plus (Amérik Média, 2009).
Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, incarne une simplicité que peu de politiciens peuvent revendiquer. Né dans une petite ville, ancien enseignant au secondaire et entraîneur de football dans son école, il est l'archétype de l'homme qui a su rester proche des gens.
En ce sens, il se distingue du sénateur de l'Ohio J. D. Vance, également candidat à la vice-présidence en tant que colistier du candidat républicain à l'élection présidentielle, Donald Trump. Bien que J.D. Vance ait lui aussi des origines modestes, il ne donne pas l'impression d'être resté proche des gens puisque, comme l'a fait remarquer Tim Walz lors d'un rassemblement avec Kamala Harris à l'Université Temple de Philadelphie au début du mois d'août, il a étudié à Yale, a fait financer sa carrière par des millionnaires de la Silicon Valley, et a ensuite écrit un bestseller, Hillbilly Elegy, qui dénigrait son milieu d'origine.
Tim Walz et J. D. Vance semblent avoir été désignés comme candidats à la vice-présidence par deux partis opposés, mais pour courtiser le même électorat, celui de l'Amérique rurale et des banlieues, une population qui se sent délaissée par les politiques publiques et qui est indécise entre le camp démocrate et le camp républicain. Les deux candidats renvoient une image fort différente de cette Amérique blanche de l'intérieur du pays.
Cela se voit notamment par l'apparence vestimentaire, qui joue un rôle crucial dans la transmission de messages à différents segments de l'électorat. Tim Walz, par son style vestimentaire délibérément banal, envoie un message clair: il se veut accessible, un homme du peuple ancré dans la réalité quotidienne de ses concitoyens.
En revanche, J.D. Vance adopte une approche différente. Bien qu'il soit également issu d'un milieu modeste, son style vestimentaire opte souvent pour des tenues sobres qui ne cherchent pas à afficher une image de simplicité, mais plutôt à démontrer qu'on peut réussir peu importe son milieu d'origine.
Le style de Tim Walz illustre un effort conscient pour rester ancré dans la réalité des électeurs. Par exemple, ses casquettes aux couleurs de camouflage et ses chemises à carreaux indiquent qu'il aime chasser à l'occasion.
Cette information, subtilement soulignée par ses vêtements, n'est pas anodine dans un pays où la question des armes à feu est un enjeu politique important. Elle permet de rappeler que même si Tim Walz a voté des mesures restrictives sur la possession d'armes à feu, il reste passionné de chasse, aime les armes à feu et a servi pendant plus de 20 ans dans l'uniforme de la Garde nationale.
Cette dichotomie dans les styles vestimentaires des candidats à la vice-présidence révèle non seulement leurs stratégies politiques, mais aussi la manière dont ils cherchent à envoyer des messages subtils à leurs électorats respectifs. Le look de Tim Walz est un outil clé dans sa campagne, reflétant ses tentatives de se connecter avec des électeurs à la recherche de simplicité et de proximité avec leurs préoccupations quotidiennes.
Publié dans L’Acadie Nouvelle du 24 août 2024: https://www.acadienouvelle.com/chroniques/2024/08/23/le-look-de-tim-walz/


